Tribune
Le retour de la japanimation
par Nouyoju le 09/03/2005Vous avez peut-être lu ça dernièrement : "France 2 diffusera le 19 juin dans KD2A les 2 premiers épisodes de Love Hina." Bon sang. Serait-ce possible ? Le retour de la japanimation pour ados à la télé française ? Après presque 10 ans de disette hertzienne ? Il faut s'y faire, la Japanimation est promise à un retour en force ces prochaines années.
Replaçons déjà les choses dans leur contexte. Depuis la disparition du Club Dorothée de l'antenne de TF1 en 1997, les programmes d'animation en provenance du Japon sont presque tous relégués sur le câble. Les rares survivants de ce grand nettoyage sont les séries à fort potentiel marketing, comme Pokemon, Digimon, ou plus récemment Beyblade et Yugi-Oh. Quelle différence avec le début des années 90 ! À l'époque, près de 30% du temps d'antenne du mercredi devait bien être occupé par Dragon Ball et autres Nicky Larson. Maintenant, plus rien ou presque. Le tollé qu'avait provoqué la diffusion de ces séries a apparemment échaudé beaucoup de monde...
On peut se demander alors ce qui a pu passer dans la tête des programmateurs de France2 pour qu'il se décident à remettre le nez dans l'affaire. C'est tout d'abord une question de génération. La "génération ClubDo" remplace petit à petit la "génération Casimir" qui la précède. Vous aurez sans doute noté le succès des soirées que furent les Gloubiboulga Nights. On peut très décemment s'attendre à ce que les dessins animés qui ont succédé à Casimir subissent le même sort.
Car la génération ClubDo est désormais en âge d'entrer dans la vie active. Avec les premiers salaires ressurgissent des envies trop longtemps enfouies : avoir enfin à soi l'intégrale des séries préférées de sa jeunesse. Les commerciaux ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, ressortant assez régulièrement de "nouvelles" anciennes séries, remasterisées pour l'occasion. Certains éditeurs comme IDP ne cachent pas leur volonté d'exploiter le filon, et certaines vieilleries (comme Sherlock Holmes par exemple) ont réalisé des scores de vente tout à fait respectables.
Qui plus est, la mémoire collective étant ce qu'elle est en France, il est fort probable que l'inconscient populaire ait oublié ce qui s'est passé il n'y a pas dix ans. La Japanimation revient aussi parce que les boucliers ont, depuis le temps, franchement rouillé. Surtout quand on sait à quel point la société a évolué, et qu'une image choquante à l'époque ferait aujourd'hui bien sourire.
Il est aussi évident que le manga tient désormais une position importante dans le monde de la bande dessinée, et il semble logique que l'animation suive le même chemin. Mais on peut également replacer ça dans un contexte plus mondial. L'extrême-orient est en pleine croissance, et ce dernier est absolument fou de la culture pop japonaise. Des gros exportateurs comme la Chine (et Honk-Kong) appuient leurs ventes sur ce secteur : ne voit-on pas des t-shirt imprimés façon manga fleurir dans les allées des supermarchés ? Il est d'ailleurs assez amusant de constater qu'après avoir exporté pendant longtemps des matériaux simples, puis plus tard des technologies avancées, le Japon fait désormais dans l'exportation de courants culturels... Une évolution naturelle, sans doute.
Bref. L'animation à la Japonaise est appelée à repénétrer nos écrans, et ce n'est en tout cas pas la génération ClubDo qui s'en plaindra. Car elle a été formatée à ce genre de dessin, à ce genre d'histoire. Et si la France redécouvre la Japanimation, on peut tout à fait s'attendre à un nipponisation de notre culture, tout comme elle a été américanisée ces dernières décennies.


